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Un emploi retrouvé, un meuble réemployé, une famille soutenue ou la confiance qui revient : à l’association Maison Accueil Solidarité, une même activité peut produire plusieurs effets utiles. Une partie de cette valeur se compte, tandis qu’une autre mérite aussi d’être racontée.

Ce que coûte une association et ce qu’elle rend possible
Oui, une association, ça coûte ! Les salaires, les bâtiments, le matériel, les véhicules et les projets représentent des dépenses bien réelles. Dans une période de budgets contraints, il est légitime de s’interroger sur l’utilisation de l’argent public et d’attendre de nous des explications sur les moyens engagés comme sur les résultats obtenus.
Mais demandons-nous aussi combien elle rapporte à la société. Nous n’avons pas un montant unique à avancer, car les emplois, les services rendus, la confiance retrouvée ou les ressources préservées ne se résument pas à une somme en euros. Nous pouvons en revanche montrer ce que ces moyens rendent possible, à travers quelques repères chiffrés et les parcours que nous accompagnons.
Avant le retour à l’emploi, tout un chemin à parcourir
L’association Maison Accueil Solidarité est une structure d’insertion par l’activité économique, conventionnée en atelier et chantier d’insertion. Notre mission est d’accompagner des femmes et des hommes qui rencontrent d’importantes difficultés pour accéder à l’emploi. Avec le soutien de nos principaux partenaires institutionnels, l’État et le Département du Pas-de-Calais, nous leur proposons un travail et un accompagnement adapté.
Nous suivons les accès à l’emploi et à la formation, ainsi que les sorties positives ou dynamiques. Ces indicateurs sont nécessaires, mais ils ne racontent pas tout le chemin parcouru : avant de pouvoir envisager un emploi, il faut parfois résoudre des difficultés de logement, de mobilité, de santé, d’accès aux droits ou de vie familiale.
Ces difficultés peuvent se cumuler, tandis que reprendre un rythme de travail et trouver sa place dans une équipe demandent du temps. Nos professionnels écoutent, cherchent des solutions et mobilisent les partenaires, quitte à ajuster l’accompagnement ou à recommencer. Une personne qui obtient son permis, stabilise sa situation ou ose reprendre une formation a déjà franchi une étape, même si l’emploi n’est pas encore au bout du parcours.
Nous voulons saluer l’engagement de notre équipe permanente, qui fait front au quotidien. Accueillir, accompagner, encadrer le travail et faire fonctionner l’association demandent des compétences, de la patience et une présence constante face aux imprévus et aux situations humaines parfois éprouvantes. La solidarité et la persévérance de ces professionnels permettent de tenir dans les moments difficiles et de continuer à chercher des réponses avec les personnes accompagnées. Ce travail est au cœur de ce que nous rendons possible ensemble.
Des parcours différents, des réussites qui comptent
Les histoires des personnes que nous accompagnons montrent combien les chemins vers une situation plus stable peuvent être différents.
Mme M. a progressivement construit son projet professionnel en découvrant le métier d’aide-soignante grâce à des immersions, avant de suivre une formation, d’obtenir son diplôme et d’accéder à un CDI. Mme Z., après une période personnelle difficile, a retrouvé confiance et gagné en autonomie ; l’obtention de son permis de conduire a accompagné ce parcours, qui l’a menée à un CDI dans la vente en boulangerie.
Mme K. et Mme B., deux collègues en CDI Inclusion, poursuivent leur activité chez nous dans l’attente de leur retraite. Leur énergie, leur expérience et leur implication apportent beaucoup à notre collectif, rappelant qu’une réussite peut aussi consister à conserver son activité et sa place dans une équipe.
Ces parcours reposent sur les efforts des personnes elles-mêmes, l’accompagnement de nos équipes et le soutien de nos partenaires : il n’existe pas une seule façon de réussir son parcours d’insertion.
Recevoir de la solidarité et en apporter aussi
Combien de fois entendons-nous le mot « assistés » pour désigner des personnes qui bénéficient d’un accompagnement ? Ce regard passe à côté de ce que nous vivons sur le terrain, car à l’association Maison Accueil Solidarité, les personnes accompagnées aident aussi les autres.
À l’épicerie sociale, elles participent à une activité qui aide des familles à faire face aux difficultés alimentaires, tandis que dans nos ressourceries de Huby-Saint-Leu et de Fruges, elles collectent, trient, valorisent et remettent en circulation des objets accessibles à moindre coût. Elles contribuent également au maraîchage, sans produits phytosanitaires de synthèse autour de notre ressourcerie et en agriculture biologique dans le cadre de notre partenariat avec le Germoir, à Ambricourt.
Avec nos salariés permanents, nos bénévoles et nos partenaires, ce travail répond aux besoins du territoire tout en offrant des occasions d’apprendre. Une personne peut ainsi avoir besoin d’un accompagnement et contribuer à nourrir des familles, à équiper des foyers ou à préserver des ressources. Reconnaître cette contribution peut aussi l’aider à reprendre confiance en ses capacités.
Cela ne signifie pas qu’il faudrait prouver son utilité pour mériter d’être aidé : la solidarité reste essentielle, quelle que soit la capacité d’une personne à travailler.
Un meuble, bien plus qu’un meuble !
Prenons un exemple simple : quelqu’un donne un meuble à notre ressourcerie, où il est collecté, trié, éventuellement remis en état, puis proposé à un prix accessible. Ce qui ressemble à une opération ordinaire peut pourtant avoir plusieurs effets, puisque le meuble trouve une seconde vie, qu’un foyer peut s’équiper à moindre coût et que sa vente apporte une recette à l’association. Tout au long de ce travail, des personnes développent également leurs compétences.
Le réemploi contribue à préserver des ressources et peut éviter des émissions liées à la fabrication d’un meuble neuf, selon les conditions de collecte, de remise en état et l’achat qu’il remplace réellement. Un seul meuble peut donc produire plusieurs effets utiles, comme peuvent le faire des légumes cultivés ou un vélo réparé : l’insertion, la solidarité et la transition écologique se rejoignent dans le travail quotidien.
La richesse qui se construit entre les chiffres
Nous savons compter les objets vendus, les recettes réalisées et les retours à l’emploi, mais comment rendre compte d’une personne qui sort de l’isolement ou ose enfin envisager un avenir différent ? Comment reconnaître l’expérience d’un professionnel qui débloque une situation ou la confiance qui se construit avec un accompagnateur ?
Les compétences, l’expérience, les relations humaines et la coopération font partie de ces ressources dites immatérielles, qui se traduisent difficilement dans un bilan comptable. Elles se développent avec du temps et du travail, et rendent bien souvent possibles les résultats que nous mesurons ensuite.
Les récits de parcours éclairent ces transformations et complètent les indicateurs, sans remplacer une évaluation de l’impact. Un taux de retour à l’emploi renseigne sur un résultat, mais ne raconte pas tout le chemin parcouru pour y arriver, ni tous les progrès d’une personne dont le parcours n’a pas encore débouché sur un emploi.
Un engagement inscrit dans nos statuts
Cette recherche d’utilité pour les personnes et le territoire est inscrite dans nos statuts : notre engagement ne s’arrête pas au retour à l’emploi. L’article 2 de nos statuts définit notre objet autour de « l’insertion par l’activité économique, la lutte contre l’exclusion sociale et les inégalités ». Leur préambule souligne également la coopération entre les acteurs du territoire, la création de lien social et l’émancipation individuelle et collective.
Cet engagement peut aussi se traduire par un appui à des initiatives portées par d’autres. Nous avons ainsi contribué à l’émergence de la micro-crèche associative Mi Fa Sol, à Marconnelle, portée par l’association Accueil et Parentalité au Cœur des 7 Vallées. Son fonctionnement en prestation de service unique (PSU) permet une tarification adaptée aux ressources des familles.
Un accueil du jeune enfant répond à un besoin familial tout en pouvant faciliter l’accès à un emploi ou à une formation. Aider une telle initiative à voir le jour, c’est donc aussi agir contre les inégalités et contribuer à la vie du territoire, au-delà de nos propres activités.
L’expérience de l’entreprise adaptée « La Croisée » fait également partie de cette histoire. Pendant les trois années qu’a duré cette aventure, de nombreux salariés en situation de handicap ont été accompagnés, avec de belles sorties de parcours et, surtout, de belles histoires humaines. Si l’activité est aujourd’hui terminée, cela n’efface ni le travail inclusif accompli ni ce que ces parcours ont apporté aux personnes. Cette expérience témoigne de notre capacité à engager des projets innovants pour le territoire et nourrit notre réflexion pour la suite.
Référence : statuts de l’association, version 2024, article 2 et préambule. Découvrir notre projet associatif.
Imaginons notre territoire sans ses associations…
Ce que nous observons ici prend d’autres formes dans de nombreuses associations. Imaginons notre territoire sans les structures d’insertion, les épiceries sociales, les centres sociaux et les associations qui accompagnent les jeunes, les familles, les personnes âgées ou les personnes en situation de handicap. Pensons aussi aux occasions de se rencontrer et d’agir ensemble qui manqueraient sans les associations sportives, culturelles et environnementales.
Sans ces associations, les besoins ne disparaîtraient pas : il faudrait y répondre autrement, avec le risque que certaines personnes ne trouvent plus de solution. Ce n’est pas parce qu’une dépense disparaît d’un budget que le problème auquel elle répond disparaît avec elle.
Nous ne prétendons pas calculer ici les économies réalisées pour la collectivité, ce qui demanderait une étude spécifique, ni affirmer que les associations pourraient remplacer les services publics. Elles contribuent toutefois à maintenir des services, à développer des coopérations et à faire vivre des solidarités, comme nous le constatons chez nous et dans de nombreuses autres structures de l’économie sociale et solidaire.
Nous ne sommes pas seulement une ligne de dépense
Parce que les financements publics sont précieux, chaque euro doit être utilisé avec responsabilité et nous devons continuer à améliorer nos pratiques, à rendre compte de notre action et à examiner nos résultats. Ce travail est rendu possible par l’État, le Département du Pas-de-Calais, les collectivités, les partenaires économiques et associatifs, mais aussi par les bénévoles, les donateurs et les habitants que nous tenons à remercier.
Alors oui, une association, ça coûte ! Mais demandons-nous aussi ce qu’elle apporte à notre société et ce que nous perdrions si elle n’était plus là. À l’association Maison Accueil Solidarité, nous continuerons à faire notre part, avec nos équipes, nos partenaires et les personnes que nous accompagnons.
La solidarité n’est pas seulement une aide que l’on reçoit. C’est aussi une force que l’on partage.
L’association Maison Accueil Solidarité